Le Vodun

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Le terme Vodun et ses diverses orthographes possibles (vaudou, vodu, vodoun) peut connoter à la fois, le système entier des croyances et pratiques, ou encore une entité, un vodun, qui incarne l’idée qu’on peut se faire de forces de la nature ou d’un ancêtre fondateur ; voire enfin, sa matérialisation, monticules, statues, qu’on peut rencontrer dans des lieux précis, à la croisée des chemins ou dans des habitations.

Le culte Vodun originaire de la « côte des Esclaves » d’Afrique occidentale est aujourd’hui encore pratiqué de la côte du Togo à l’Ouest du Nigeria. Avec la traite des esclaves, aux XVIIe et XVIIIe siècles, ce culte s’est propagé jusqu’aux Caraïbes ainsi qu’en Amérique du Nord et du Sud où il s’est mêlé au catholicisme et à d’autres traditions religieuses.

L’originalité du vaudou c’est de postuler que le monde est une totalité harmonieuse qu’on peut rétablir lorsqu’elle est perturbée (l’échec, la maladie, la mort), grâce à un ensemble de mythes, de rites, de pratiques « thérapeutiques ». Pour ce faire il relie le monde d’ici-bas à un autre monde peuplé d’ancêtres, d’entités diverses mais qui condensent surtout les énergies, les souffles vitaux capables d’intervenir dans la vie des gens. La pensée africaine comme celle des aborigènes australiens, des amérindiens ou des inuit délègue justement à certains êtres « aux regards perçants » (chamans, devins « clairvoyants », ou prêtres vodun), la faculté de lire les traces, les signes invisibles à chacun et d’orienter ou de débloquer une situation par leur capacité, à se situer dans l’entre deux. Cette communication est provoquée par des moyens appropriés: sacrifices, culte, prière, rite, observation des tabous ; et les vodun eux-mêmes manifestent leur présence par des « prises de possession » ou par les événements qu’ils déclenchent.

Les vodun constituent ainsi tout un système ordonné propre à baliser l’apparent chaos des vies singulières, en le rapportant à un ailleurs. Cet autre monde n’est pas transcendant, il est simplement invisible pour le plus grand nombre, visible pour « qui sait voir ». Les vodun sont bien présents dans les possessions rituelles mais surtout présents dans leurs « doubles » ces effigies de l’entre deux qui se dressent aux portes des habitations ou à la croisée des chemins. Un vodun n’est donc pas une divinité comme on l’entend dans nos cultures.

Un vodun est présent par son Double (un Legba, monticule de terre par exemple) et constitue une « effigie de l’entre-deux »

Cette « personnification » matérielle de l’invisible est assurée par des rituels qui visent à « l’installer » , le « fixer » dans l’objet. La prière, le sacrifice animal, les libations jouent un rôle central dans ce processus, mais aussi les ingrédients matériels dont est fait l’objet ou des éléments figuratifs habituellement dévolus à tel vodun.

On trouve les vodun installés à demeure dans des enceintes réservées ou dans des cours d’habitation, parfois à l’air libre, parfois sous abri, parfois dans des cases fermées à clef. Ce qui s’en laisse voir n’en est jamais que le signalement extérieur, souvent réduit à sa plus simple expression. Il peut s’agir d’un contenant soigneusement fermé et parfois même emballé : calebasse, poterie, cuvette…, déposé sur une estrade ou une étagère ou monté sur un piquet fourchu. Cependant il s’agit le plus souvent d’un cône de terre battue élevé dans une bassine ou à même le sol, souvent alors de nos jours enduit de ciment. . Il lui arrive d’être rendu grossièrement figuratif d’une tête ou d’une silhouette humaine.

L’essentiel du vodun est toujours enfoui à sa base ou dans sa masse et consiste en ingrédients, pour la plupart végétaux, déposés au fond d’un pot ou enveloppés dans quelque chose. On peut pourtant identifier la puissance dont il est question à partir de de certains attributs. le vodun de la foudre Hevieso (Shango chez les Yoruba) pourra ainsi être reconnue par la hache biface métallique. Dan ou Dangbé, le vodun-serpent, est signalé par une tige ondulante. Sakpata, le dieu de la croûte terrestre, est reconnaissable à une poterie percée ou protubérante placée à proximité de l’objet, plus rarement attachée. Fa est exprimé par un bout de calebasse ayant porté le signe qui a présidé à la fabrication de l’objet, etc.

 

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