Statue Hermaphrodite Maternité Dogon style Bombou-Toro, Mali

Cette statue Dogon représente une femme agenouillée au corps allongé, les membres graciles et fléchis, un enfant sculpté dans le dos. La sculpture peut être rapprochée au style Bombou-Toro, du nom de la région de Bombou, au centre-sud de la falaise de Bandiagara au Mali. Hélène Leloup décrit ainsi les statues Bombou-Toro : « Beaucoup moins réalistes que les statues djennenké, presque schématiques, elles paraissent refléter la vision quotidienne des à-pics de la falaise, le côté abrupt de l’environnement qui transmet au sculpteur ses caractéristiques rigoureuses » (Leloup, Statuaire Dogon,1994, p. 166).
On retrouve sur cette belle statue une forte verticalité et une grande rigueur des volumes, ainsi qu’une raideur, une frontalité, héritées, toujours d’après Leloup, des sculptures Tellem et Niongom. Les membres tubulaires, minces et allongés sont également caractéristiques de cette région de la falaise.
Autres caractéristiques de ce style sont les lignes nettes et très cubiques des volumes. La dynamique de la figure lui vient de cette alternance entre parties verticales. Selon Barbara DeMott, citée par Hélène Leloup, les éléments verticaux peuvent être interprétés comme masculins et les horizontaux comme féminins, dans une logique de complémentarité des sexes qui tient une grande importance dans la philosophie Dogon (Leloup, Statuaire Dogon,1994, p. 169).
Nous retrouvons d’une part le coté féminin comme la poitrine protubérante, la tête aux traits fins, l’attitude respectueuse. De l’autre une barbe sculpté autour du visage sous une petite bouche tubulaire, dénote l’aspect hermaphrodite de cette représentation. La tête présente cette forme tout à fait typique de la statuaire du Mali, en « cloche » au sommet d’un long cou. Le visage aux traits géométriques, oppose la face étroite dominée par le nez fin et droit, les yeux en losange, à la profondeur de la tête vue de profil, soulignée par les lignes convergentes de la barbe et de la tête.  Sous le menton est présent un élément vertical, une barbe ou un labret, ornementation traversant la lèvre inférieure. Sa forme faisait probablement écho à une tresse descendante depuis la base de la coiffe, de laquelle est aujourd’hui visible que l’attache. Au-dessus de l’ombilic saillant qui vient rompre la rigidité du buste, les seins en obus se projettent à partir des épaules, ce qui serait un héritage de la statuaire Niongom (Leloup,Statuaire Dogon,1994 ). Un manque au sein droit. Les bras et les poignets sont ornés de bracelets sculptés en relief.
Superbe patine profonde, presque fossilisée, faisant apparaître la veinure serrée du bois dur. La patine brune-noire, rougeâtre par endroits, provient des applications de beurre de karité auxquelles procédaient régulièrement les femmes lors des cultes afin d’entretenir ce symbole ancestral de la féminité.
Signe de déférence et de respect, la pose agenouillée, également adoptée par les femmes Dogon lors des funérailles, et sa profonde patine permettent d’interpréter cette très belle maternité comme une figure d’autel. Ces objets étaient la propriété des sociétés des femmes, et symbolisaient l’ancêtre féminin, auquel on faisait appel lors des rites de pluie, de fertilité et pour s’assurer le bon déroulement des grossesses. Les statue étaient sorties lors des naissances, mais aussi pendant l’initiation des jeunes filles.

Provenance
Collectée in situ en 1940 par Gabriel Sala
Ex Collection Musée Safari, ca. 1980 Montverdun
Ex Collection Marc Cohen, Saint-Raphaël, acquise en 2011
Collection Eve Begalli, Grenoble, acquise en 2015

https://www.pressreader.com/monaco/monaco-matin/20161028/281779923672562

  • Dimensions: H 77 cm
  • Epoque: Début du XXème siècle
  • Ethnie: Dogon
  • Matériaux: Bois
  • Pays: Mali
Catégorie :
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